La plupart des cas de cancers du sein en Occident sont découverts lors d'un dépistage (voir plus haut), donc au stade asymptomatique. Seuls 15% des cas seront détectés chez des femmes symptomatiques.
Les cancer du sein symptomatiques peuvent se présenter par une masse nouvelle unique, dite "dominante", c'est-à-dire une masse qui se différencie du reste de la glande à la palpation. Puisque le sein est un organe en surface, le cancer du sein est relativement facile à détecter par les patientes elles-mêmes, quoique le dépistage par l'auto-examen des seins n'est plus recommandé en raison de sa faible spécificité et sensibilité. En effet, lors des cycles menstruels et lors d'une vie de femme, la texture et l'apparence des seins peut changer sans qu'il n'y ait une lésion maligne1.
Les lésions bénignes les plus fréquentes sont les fibro-adénomes, les kystes et les abcès.
- Les fibro-adénomes sont des lésions uniques ou multiples solides et mobiles, souvent retrouvées chez les jeunes femmes mais aussi chez les femmes plus âgées avec des calcifications.
- Les kystes mammaires sont des lésions simples ou complexes remplies de liquide (donc faciles à détecter par échographie), uniques ou multiples, associées ou non à une maladie fibrokystique des seins. On les retrouve plus souvent en périménopause.
- La maladie fibrokystique du sein est bilatérale: les glandes mammaires sont augmentées de volume, nodulaires et souvent douloureuses avant les menstruations, aux quadrants supérieurs du sein surtout.
- Un abcès mammaire est le plus souvent chaud, douloureux avec rougeur cutanée et lésion fluctuante qui peut drainer spontanément ou qu'il faudra drainer pour soulager. On le retrouve le plus souvent sur une mastite ou une cellulite. Comme le kyste, on peut voir à l'échographie une lésion liquidienne.
Une lésion de nécrose lipidique peut apparaître après une chirurgie pour réduction mammaire, une reconstruction mammaire, une exposition au silicone (fuite de prothèse), un trauma ou après une radiothérapie. La lésion nécrotique peut imiter une néoplasie, même au niveau des imageries: dans le doute, une biopsie s'impose.
L'apparition d'un nodule indolore non cyclique (non influencé par le cycle menstruel) est suspecte. Il est important de rappeler aux femmes de consulter rapidement, en moins de 1-2 semaines, en cas de sensation anormale à un sein.
Cette masse, habituellement non douloureuse mais quelquefois sensible, est découverte le plus souvent fortuitement par la patiente. À peine 1,2 à 6,7 % des femmes auront de la douleur comme symptôme de présentation du cancer du sein 2.
Les symptômes les plus fréquents d'un cancer du sein sont les suivants:
- Masse nouvelle à un sein, indolore ou non, unique, irrégulière et non mobile le plus souvent. Mais la palpation n'est pas considérée fiable pour discriminer une tumeur du sein bénigne versus maligne. Quelque soit son apparence, un cancer devra être suspecté si une masse nouvelle est découverte. Les carcinomes canalaires infiltrants sont les lésions cancéreuses les plus fréquentes au sein (70 à 80%): elles se présentent le plus souvent pas une masse unique3. Par contre, les carcinomes lobulaires infiltrants et les carcinomes mixtes (canalaires et lobulaires) peuvent se présenter par une épaississement diffus de toute la glande mammaire, ce qui peut être trompeur et plus difficile à palper. Il est très rare qu'un carcinome insitu soit palpable.
- Écoulement par un mamelon (un écoulement de liquide laiteux, une galactorrhée, par les deux mamelons est le plus souvent bénin)
- Changement cutané à un sein incluant une rougeur, une peau épaissie, une "peau d'orange" , un nodule ou une traction cutanée avec enfoncement cutané localisé.
- Changement de l'apparence d'un mamelon (élargissement, plaie, croûte)
- Masse axillaire (adénopathie) avec ou sans douleur au bras (atteinte neuropathique periphérique)
- Tout autre symptôme nouveau à un sein (brûlure, pression, traction).
- Symptôme de possibles métastases aux os, foie, poumons
30% des femmes symptomatiques détecteront une masse entre leurs mammographies de dépistage4.
Lors de la consultation pour une masse au sein, une anamnèse complète inclut la date de la découverte de cette masse, les changements de taille dans le temps, la présence ou non d’un écoulement mamelonnaire ainsi que la variation possible de taille avec le cycle menstruel. Il peut arriver que les premiers symptômes de cancer du sein soient ceux de son extension régionale axillaire, donc une douleur à l’aisselle, une douleur irradiée au bras ou un gonflement du bras.
Une masse au sein de consistance dure, non mobile, avec des contours et une surface irrégulière est fortement suspecte. Une masse de plus de 2 cm fixée aux tissus environnants est aussi particulièrement suspecte. Une rougeur diffuse du sein peut simuler une mastite et témoigne d'une inflammation néoplasique agressive.
Malheureusement, une proportion significative des tumeurs malignes ne correspond pas à cette description dite "classique" :
- 38 % sont molles ou d’allure kystique,
- 61 % sont mobiles,
- 41 % sont lisses
- 28 % font moins de 2 centimètres 5.
En effet, même avec une grande expérience, un clinicien ne pourra pas porter un diagnostic fiable de lésion bénigne ou de lésion cancéreuse sur la seule foi de son anamnèse et de son examen physique. Les données démontrent que des cliniciens expérimentés se trompent eux aussi, dans environ 7 % des cas. L’examen physique seul n'aurait une valeur prédictive positive que de 73 % et une valeur prédictive négative de 87 %, ceci étant largement insuffisant en regard de l’agressivité de la maladie 6 7.
La présence ou l’absence de malaise ou de douleur au sein ne donc doit pas influencer la décision de poursuivre l’investigation.
Si la lésion ne semble pas suspecte et que la patiente à moins de 35 ans, on peut choisir de réexaminer la masse une semaine après les menstruations pour voir si elle est encore palpable ou si elle est plus petite. Heureusement, la plupart des masses ainsi décelées sont bénignes, mais toute nouvelle masse au sein qui ne disparaît et ne réduit pas de taille dans un cycle menstruel pas mérite une investigation rapide quelque soit son apparence à l’examen physique. Typiquement, un kyste ou un fibroadénome sera lisse et mobile, mais ces signes ne suffisent pas à confirmer le diagnostic de bénignité d’une lésion.
On recherche à l’examen physique des adénopathies fixes ou mobiles, aux aisselles et aux creux sus et sous claviculaires. On supporte le bras détendu pour examiner l'aisselle. Il y a souvent des petites adénopathies mobiles chez les femmes qui se rasent les aisselles: elles doivent être notées de façon méticuleuse au dossier
Examen bi-manuel
En supportant le sein vers le haut on passe ensuite à la palpation bimanuelle de chaque sein avec le bras du côté examiné en abduction au dessus de la tête: toute la glande doit être examinée de façon circulaire ou par quadrants. Ceci permet d'appliquer la glande mammaire sur le thorax et facilite la palpation de la glande. Il ne faut pas oublier de palper la pointe de la glande mammaire qui se projette dans l'aisselle8. On documente les anomalies au dossier avec précision, idéalement sur un schéma du sein.
L'examen des seins se fait en premier lieu assise, les bras détendus le long du corps à la recherche d'anomalies et d'asymétries. La patiente mets ensuite ses mains sur les hanches et contracter les muscles pectoraux pour tenter de mettre en évidence des zones de rétraction cutanée. La palpation commence en position assise: on recherche des adénopathies axillaires, sus-claviculaires, cervicales. On fait ensuite coucher la patiente et on répète l'examen.
Les signes de possible cancer du sein sont
- Une masse nouvelle à un sein
- Des adénopathies fixes ou mobiles (aisselles, sus-claviculaires)
- D’autres masses fixes dans la glande,
- Un épaississement cutané qui peut aller jusqu’au signe de la peau d’orange,
- Une ulcération cutanée,
-Uune rétraction de la peau au dessus de la tumeur ou du mamelon,
- Une inversion du mamelon nouvelle, qui fait soupçonner une Maladie de Paget lorsque ulcérée,
- Un écoulement unilatéral du sein, quelque soit sa couleur, séreux, sanglant ou sérosanguinolent (4 à 20 % des cas de cancer). Seul l’écoulement laiteux est d’emblée bénin et le plus souvent bilatéral (galactorrhée).
Moins de 5 % des nouveaux cas de cancers du sein en Occident se présentent d’emblée par une forme localement avancée, c'est-à-dire une masse de plus de 5 centimètres, une extension à la paroi thoracique, de la peau d’orange ou une atteinte des adénopathies régionales.
Le cancer inflammatoire du sein est un diagnostic clinique et non pathologique : on note une induration diffuse de la peau, un érythème qui peut être prononcé, une douleur, une masse mal définie à croissance rapide, une peau d’orange et une augmentation rapide de la taille du sein affecté. Lors du diagnostic, la plupart de ces cas ont des adénopathies axillaires palpables et un tiers a déjà des métastases 9. La similarité avec une mastite ou un abcès peut retarder le diagnostic. On appelle Cancer du sein inflammatoire secondaire celui qui survient lors d’une récidive d’un cancer du sein qui n’était pas inflammatoire au départ.
Chez une femme de plus de 35 ans avec une masse à un sein ou des symptômes anormaux, on suggère un délai maximal de 2 à 6 semaines pour poser le diagnostic de cancer du sein (résultat de la pathologie). Le cancer du sein est un cancer agressif qui doit être traité rapidement.
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