2. Quand faut-il soupçonner cliniquement un cancer du sein ?

  1. Les symptômes et les signes

    La plupart des cas de cancers du sein symptomatiques se présentent par une masse nouvelle unique, dite "dominante", c'est-à-dire une masse qui se différencie du reste de la glande à la palpation. Puis le sein est un organe en surface, le cancer du sein est relativement facile à détecter par les patientes elles-mêmes. L'apparition d'un nodule indolore non cyclique et non influencé par le cycle menstruel est suspecte. Il est important de rappeler aux femmes de consulter rapidement, en moins de 1-2 semaines, en cas de sensation anormale à un sein.

    Cette masse habituellement non douloureuse est découverte le plus souvent fortuitement par la patiente. À peine 1,2 à 6,7 % des femmes auront de la douleur comme symptôme de présentation du cancer du sein 1. Lors de la consultation pour une masse au sein, une anamnèse complète inclut la date de la découverte du nodule, les changements de taille dans le temps, la présence ou non d’un écoulement mamelonnaire ainsi que la variation de taille avec le cycle menstruel. Il peut arriver que les premiers symptômes de cancer du sein soient ceux de son extension régionale axillaire, donc une douleur à l’aisselle, une douleur irradiée au bras ou un gonflement du bras.

    Une masse au sein de consistance dure avec des contours et une surface irrégulière est suspecte. Une masse de plus de 2 cm fixe est aussi particulièrement suspecte. Une rougeur diffuse du sein peut simuler une mastite et témoigne d'une inflammation agressive.

    Malheureusement, une proportion significative des tumeurs malignes ne correspond pas à cette description dite "classique" : 38 % sont molles ou d’allure kystique, 61 % sont mobiles, 41 % sont lisses et 28 % font moins de 2 centimètres 2. En effet, même avec une grande expérience, un clinicien ne pourra pas porter un diagnostic fiable de lésion bénigne ou de lésion cancéreuse sur la seule foi de son anamnèse et de son examen physique. Les données démontrent que des cliniciens expérimentés se trompent dans environ 7 % des cas. L’examen physique seul aurait une valeur prédictive positive de 73 % et une valeur prédictive négative de 87 %, ceci étant largement insuffisant pour nos patientes en regard de l’agressivité de la maladie 3 4.

    La présence ou l’absence de malaise ou de douleur au sein ne donc doit pas influencer la décision de poursuivre l’investigation.

    Si la lésion ne semble pas suspecte et que la patiente à moins de 35 ans, on peut choisir de réexaminer la masse une semaine après les menstruations pour voir si elle est encore palpable ou plus petite. Heureusement, la plupart des masses ainsi décelées sont bénignes, mais toute nouvelle masse au sein qui ne disparaît pas mérite une investigation quelque soit son apparence à l’examen physique. Typiquement, un kyste ou un fibroadénome sera lisse et mobile, mais ces signes ne suffisent pas à confirmer le diagnostic de bénignité d’une lésion.

    On recherche à l’examen physique des adénopathies fixes ou mobiles, aux aisselles et aux creux sus claviculaires. Les autres signes de possible cancer du sein sont d’autres masses fixes dans la glande, un épaississement cutané qui peut aller jusqu’au signe de la peau d’orange, une ulcération cutanée, une rétraction de la peau au dessus de la tumeur ou du mamelon, une inversion du mamelon qui fait soupçonner une Maladie de Paget lorsqu’il est ulcéré, ou un écoulement unilatéral du sein quelque soit sa couleur, séreux, sanglant ou sérosanguinolent (4 à 20 % des cas de cancer). Seul l’écoulement laiteux est d’emblée bénin et le plus souvent bilatéral (galactorrhée).

    Moins de 5 % des nouveaux cas de cancers du sein en Occident se présentent d’emblée par une forme localement avancée, c'est-à-dire une masse de plus de 5 centimètres, une extension à la paroi thoracique, de la peau d’orange ou une atteinte des adénopathies régionales.

    Le cancer inflammatoire du sein est un diagnostic clinique et non pathologique : on note une induration diffuse de la peau, un érythème qui peut être prononcé, une douleur, une masse mal définie à croissance rapide, une peau d’orange et une augmentation rapide de la taille du sein affecté. Lors du diagnostic, la plupart de ces cas ont des adénopathies axillaires palpables et un tiers a déjà des métastases 5. La similarité avec une mastite ou un abcès peut retarder le diagnostic. On appelle Cancer du sein inflammatoire secondaire celui qui survient lors d’une récidive d’un cancer du sein qui n’était pas inflammatoire au départ.

    Chez une femme de plus de 35 ans avec un nodule ou des symptômes anormaux, on suggère un délai maximal de 2 à 6 semaines pour poser le diagnostic de cancer du sein (résultat de la pathologie).

    • 1. Smith, RL, Pruthi, S, Fitzpatrick, LA. Evaluation and management of breast pain. Mayo Clin Proc 2004; 79 :353
    • 2. Venet, L, Strax, P, Venet, W, Shapiro, S. Adequacies and inadequacies of breast examinations by physicians in mass screening. Cancer 1971; 28 :1546
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  2. La découverte à la mammographie d’une lésion suspecte

    La majorité des cancers du sein, 90 % environ, sont découverts à la mammographie Schéma 1 1. À peine 10 % des cancers sont découverts à l’examen physique. La mammographie diagnostique effectuée sur des patientes symptomatiques offre une sensibilité supérieure, mais une spécificité inférieure à la mammographie effectuée sur des femmes asymptomatiques (dépistage). La valeur prédictive positive de la mammographie pour les femmes symptomatiques est de 21,8 %, la sensibilité de 85,8 % et la spécificité de 87,7 % 2. La sensibilité et la spécificité de la mammographie augmentent avec l’âge en raison de la densité réduite du sein chez les femmes plus âgées. La détection d'un masse au sein implique un risque plus élevé de cancer comparé au dépistage et un risque plus élevé de grosse tumeur puisque celle-ci est palpable et/ou symptomatique: les cliniciens de 1e ligne doivent être conscients de ceci est s'assurer de respecter les délais de réréfence sécuritaires de 2 semaines maximum à un spécialiste dès la suspicion de cancer (échographie positive, masse palpable, biopsie positive). Des données récentes supportent le risque augmenté de mortalité par cancer du sein lorsque ce délai de 2 semaines de référence est dépassé.

    Certains systèmes publics de santé mesurent de façon systématique au niveau national et régional les délais de référence pour mettre en place des mécanismes rapides de références 3.

    Une approche intégrée entre le médecin traitant, le radiologiste et le chirurgien est essentielle pour éviter les délais indus et les biopsies inutiles. Tout doit être fait pour réduire au maximum l’intervalle entre une mammographie anormale ou la palpation d’une masse et le diagnostic du cancer. Si la lésion est palpable et suspecte cliniquement, une biopsie est indiquée d'emblée quelque soit le résultat de l’imagerie en raison des faux négatifs possibles à l'imagerie : au moindre doute on devrait donc référer d’emblée la patiente au spécialiste qui pourra effectuer lui même cette biopsie ou accélérer l'accès à la biopsie sous stéréotaxie Schéma 2 et Schéma 3

    Les anomalies recherchées à la mammographie diagnostic sont, entre autres, des masses spiculées dans les tissus mous : 90 % de ces cas seront d’origine cancéreuse. Les autres images possiblement retrouvées dans le cas de cancers du sein sont des calcifications regroupées (60 % des cas), des masses à contour irrégulier et des masses lobulées. Moins de 10 % des cancers se présentent par des masses rondes ou ovales bien définies mais cela est possible et ne doit pas suffire à éliminer la possibilité de cancer 4. Si une anomalie est détectée à la mammographie, le radiologiste pourra suggérer des clichés supplémentaires avec compression ou agrandissement, et/ou une échographie. Si une anomalie persiste sur ces examens, ou si le nodule grossit, la patiente devra subir une biopsie sans délai.

     

    Schéma 1 -
    Algorithme d’évaluation dans le cas d’une mammographie anormale
    Mammographie anormale
    (Comparaison avec les films précédents si disponibles)

    Selon les recommandations du radiologiste :
    Clichés complémentaires de mammographie
    (clichés de compression, agrandissements) avec ou suivi d'une échographie au besoin
    Résultat normal ou bénin des imageries diagnostics
    Résultat anormal des imageries diagnostics

    Masse suspecte cliniquement (fixe, en croissance):

    Biopsie malgré tout

    Sinon:

    Retourner au dépistage de base,
    ou

    Fréquence accrue de dépistage
    selon la recommandation du radiologiste.

     

    Référer à un centre d’investigation
    (CRID au Québec*)
    Biopsie sous échographie ou stéréotaxie.
     
    * Centre régional d’investigation désigné

     

    • 1. Smart, CR, Hartmann, WH, Beahrs, OH, Garfinkel, L. Insights into breast cancer screening of younger women. Evidence from the 14-year follow-up of the Breast Cancer Dectection Demonstration Project. Cancer 1993; 72 :1449
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    • 4. Stomper, PC. Breast imaging. In : Atlas of Breast Cancer, Hayes, DF(Ed). Mosby, Philadelphia 2000. P.54.
  3. Le diagnostic différentiel

    La maladie de Paget, un cancer du sein avec atteinte ulcérée du mamelon, peut ressembler à une dermite eczémateuse ou à un psoriasis. Elle peut s’accompagner de prurit ou de douleurs, signes de possibles envahissements des canaux galactophores. Au moindre doute, il faudra effectuer une biopsie.

    Les fibroadénomes sont en général arrondis, bien délimités, fermes et mobiles : ils apparaissent chez des femmes jeunes, à partir de l’adolescence.

    Les kystes apparaissent plus tard, dans la trentaine ou la quarantaine.

    Les transformations fibrokystiques du sein sont un motif fréquent de consultation en raison des malaises ou des douleurs aux seins, cycliques le plus souvent. Ces transformations bénignes du sein sont bilatérales : on palpe une glande indurée, douloureuse, caoutchouteuse, avec des foyers mal délimités qui se mélangent à la glande normale.

  4. Le diagnostic

    La Direction générale de cancérologie du Québec a publié en 2017 des Outils de détection des cancers par le médecin de famille qui proposent des délais sécuritaires de référence des patients avec un cancer possible.

    La littérature médicale actuelle supporte le fait qu’un diagnostic précoce de cancer améliorerait la survie des patients. Même si les preuves robustes existent pour certains cancers, on se base en clinique sur des consensus d’experts quant aux délais d'investigation et de traitement à respecter, d’autant plus que pour des raisons éthiques évidentes peu d’essais cliniques se penchent sur l’impact sur la survie du retard de traitement.

    Ces experts appliquent aux traitements chirurgicaux des données disponibles surtout sur les traitements non chirurgicaux. À la lumière de ces informations, il est permis d’affirmer que les délais d’investigation et donc de traitements pourraient avoir un effet défavorable sur le stade du cancer au moment de son diagnostic, sur les résultats des traitements apportés ainsi que la détresse du patient et de ses proches devants des délais prolongés sans compter les coûts supplémentaires associés possiblement à un diagnostic plus tardif Avis sur les délais dans le traitement chirurgical du cancer – Conseil québécois de lutte contre le cancer – 2001

    Le Conseil québécois de lutte contre le cancer s’est donc prononcé sur des délais qu’il juge acceptables, délai entre un diagnostic présumé et un traitement chirurgical à visée curative : tout comme le National Health Service anglais, le délai moyen médicalement acceptable serait de 4 semaines, modulé entre autres par l’évolution naturelle de chaque cancer, certains étant plus agressifs que d’autres Avis sur les délais dans le traitement chirurgical du cancer – Conseil québécois de lutte contre le cancer – 2001.

    Toute masse unique nouvelle au sein ou modification suspecte de la consistance du tissu mammaire mérite des examens complémentaires Schéma 2. Pour les femmes qui se présentent avec sensation ou une douleur nouvelle, unilatérale au sein, il est suggéré de procéder comme pour une masse au sein, même si le risque de cancer n’est que de 1,2 à 6,7 % dans ces cas 1.

    La mammographie est essentiellement un examen de dépistage, mais elle possède une certaine utilité dans le processus diagnostic. On ne devrait pas s’y fier dans le cas de l’apparition d’une masse nouvelle au sein lorsque le résultat est normal. En effet, la sensibilité et la spécificité de la mammographie pour un nodule palpable ne sont que de 87,3 % et 84,5 % respectivement 2. La mammographie ne détecte pas 10 à 20 % des cancers palpables 3.

    Même si elle sous-estime habituellement la taille réelle de la tumeur, la mammographie bilatérale est importante pour compléter l’évaluation d’un cancer du sein Annexe 6 - Classification des cancers . Elle peut identifier plusieurs sites suspects de cancer, donc détecter un cancer multifocal (dans un quadrant) ou multicentrique (plusieurs quadrants) ou même, dans certains cas, un cancer du sein bilatéral. Le site américain d’oncologie NCCN détaille les recommandations américaines quant au diagnostic du cancer du sein 4.

     

    Schéma 2 -
    Algorithme diagnostic simplifié pour une masse palpable au sein chez une femme de 40 ans et plus* 5

     

    *Chez la femme de moins de 40 ans, il est quelquefois plus approprié de faire d’emblée une échographie car le sein est plus dense.
    *Une référence en chirurgie peut être effectuée d’emblée pour toute lésion très suspecte, pour raccourcir les délais diagnostics.

     

    Pour les femmes de 30 à 35 ans ou moins, la mammographie ne pourra pas différencier aisément la densité d’une glande jeune de celle d’un cancer : en fait, pour ces jeunes femmes, le fait d’avoir ou non une mammographie ne change rien à la suite de l’investigation, l’échographie étant l’examen de choix à cet âge.

    On peut attendre un cycle menstruel pour voir si la lésion disparaît ou diminue de taille spontanément, signe de bénignité quas-assurée.

    Sinon, on procède d'emblée chez les jeunes patientes à une échographie et une biopsie de la zone suspecte visible à l'échographie (écho-guidage). Les lésions kystiques symptomatiques ou complexes à l’échographie sont référées pour une biopsie d’aspiration : si le liquide est sérosanguinolent, on procède à la biopsie car le risque de cancer est augmenté.

    Pour les milieux où cette modalité est accessible, on pourra effectuer une résonance magnétique avec rehaussement par un produit de contraste (gadolinium) mais la résonance magnétique ne fait pas partie des imageries diagnostic recommandées pour la majorité des patientes: il ne faut pas retarder le diagnostic en attente de cette imagerie.

    La résonance magnétique offrirait une valeur prédictive positive supérieure à la mammographie (72% versus 53%) mais elle n'est pas recommandée comme examen de dépistage 6. Presque tous les cancers invasifs du sein seraient captés par la résonance magnétique, mais cette imagerie manque de spécificité : elle capte aussi de nombreuses lésions bénignes ce qui limite actuellement son utilité en clinique 7. Lorsque disponible, on réserve actuellement cette modalité à certaines situations énumérées dans le tableau VI, dont les femmes jeunes avec une glande mammaire dense.

     

    Tableau VI -

    Utilité de la résonance magnétique dans le dépistage ou le diagnostic d’un cancer du sein

    Le dépistage des femmes à haut risque (mutations génétiques)
    L’évaluation d’un cancer du sein chez une femme avec une glande très dense, dont les jeunes femmes de 35 ans et moins
    L’évaluation du  sein affecté par un cancer, à la recherche d’un deuxième cancer synchrone
    L’évaluation de l’autre sein chez une femme avec un diagnostic de cancer du sein à la recherche d’un deuxième cancer du sein occulte controlatéral

    L’échographie est la modalité la plus souvent utilisée comme examen complémentaire à la mammographie. Elle est capable dans la majorité des cas de faire la différence entre une lésion kystique ou solide et donc de guider la suite de l'investigation. Elle peut aussi différencier un fibroadénome d’une lésion suspecte. On a recours d’emblée à l’échographie dans les situations décrites au tableau VII.

     

    Tableau VII -

    Utilité de l’échographie mammaire dans le diagnostic du cancer du sein

    Pour les femmes de 35 ans et moins
    Pour évaluer une lésion découverte à la mammographie
    Pour guider la biopsie à l’aiguille (écho guidage)
    Pour mesurer la tumeur avant la chirurgie
    Pour évaluer une masse trop petite pour subir une aspiration à l’aiguille

    Un kyste simple à l’échographie a très peu de chances d’être un cancer 8. La valeur prédictive négative de l’échographie mammaire est élevée, encore plus élevée si elle est combinée à la mammographie, de l’ordre de 97 % 9. Mais certaines publications ont démontré une variation significative entre radiologistes quant à leur capacité de différencier des lésions solides bénignes des lésions malignes, ce qui fait que l’échographie ne peut pas à elle seule suffire à exclure un cancer lorsqu’une lésion est suspecte à la mammographie ou à l’examen physique 10. Seule la biopsie peut le faire.

    La biopsie est donc recommandée pour toute lésion suspecte, cliniquement ou à l’imagerie. On ne procède à la biopsie chirurgicale (biopsie ouverte ou excision) que si les modalités de biopsies guidées percutanées ne sont pas disponibles. Pour les patientes avec une lésion très suspecte, une échographie de l’aisselle à la recherche d’une adénopathie augmentée de volume permet de procéder d’emblée à la biopsie à l’aiguille de ce ganglion. Si cet examen révèle des cellules cancéreuses, le chirurgien procèdera d’emblée à une dissection complète de l’aisselle et non pas à simple exérèse d’un ganglion sentinelle.

    Le diagnostic d’une lésion kystique complexe ou d’une masse solide au sein se fait par biopsie et aspiration de la lésion, biopsie à l’aiguille fine le plus souvent, le sein étant un organe facile d’accès. En des mains expertes, cette procédure est peu douloureuse et comporte peu de complications. On immobilise la masse entre les doigts et on aspire le liquide avec une aiguille de calibre 22 ou 24. Si le liquide retiré est clair, non sanguinolent, le risque de cancer est très faible 11. On envoie pour une analyse pathologique tout ce qui est prélevé, surtout le liquide teinté de sang : 7 % seront des cancers.

    Si la ponction ne ramène pas de liquide, on tente d’obtenir des cellules pour une analyse cytologique. La sensibilité et la spécificité de l’aspiration biopsie à l’aiguille fine est très variable (65 à 98 %, 34 à 100 %) et semble dépendre surtout de l’expérience du médecin et du cytopathologiste 12. La biopsie à l’aiguille fine percutanée ne permet pas de distinguer le carcinome in situ du carcinome invasif et apporte un taux significatif de spécimens inadéquats (4 à 36 %) ou faussement négatifs (0 à 32 %) surtout en des mains inexpérimentées 13.

    Certaines études démontrent que la biopsie à l’aiguille fine en des mains expertes semble presque aussi fiable qu’une biopsie au trocart pour poser un diagnostic d’un carcinome palpable au sein, avec une sensibilité de 85 à 90 % et 96 à 98 % respectivement 14 15. Le consensus actuel aie que ces deux techniques seraient comparables en termes de sensibilité, mais que la biopsie au trocart serait plus spécifique.

    Le triple diagnostic Schéma 3 réfère à l’association des 3 techniques d’examen pour l’évaluation d’une masse solide au sein : l’examen physique, la mammographie et la biopsie fine à l’aiguille. Très peu de cancers sont manqués ainsi, soit 0, 7 %, lorsque ces 3 examens suggèrent une lésion bénigne et que le prélèvement est de quantité suffisante 16. Lorsqu’un de ces examens suggère un cancer, la patiente devra alors subir une biopsie au trocart ou une biopsie excisionnelle. Le Schéma 3 résume ceci. Idéalement, toute masse suspecte à l’examen physique ou à l’échographie devra subir une biopsie au trocart sous échographie ou stéréotaxie.

     

    Schéma 3 -

    Triple diagnostic Évaluation d’une masse solide au sein palpable et mise en évidence à l’échographie                

     

    * Masse de plus de 2 cm, dure, fixe, contours ou surface irréguliers, adhérence à la peau.

    La biopsie au trocart, grâce à un plus gros calibre (14 à 18), permet de prélever plus de matériel : ainsi, l’expertise du cytopathologiste n’est plus en cause pour l’interprétation. La biopsie au trocart est effectuée le plus souvent sous stéréotaxie (mammographique), surtout lorsque la lésion est profonde, proche de la paroi thoracique ou lorsqu’elle comporte du micro calcifications, ces dernières n’étant pas visibles à l’échographie.

    La biopsie sous guidage échographique est utile surtout lorsque la masse n’est pas palpable : le passage de l’aiguille dans la lésion suspecte est visualisé. La biopsie au trocart permet de différencier une hyperplasie focale atypique d’un carcinome canalaire in situ ou d’une maladie invasive.

    De petits implants métalliques sont quelquefois mis en place lors de la biopsie sous échographie pour permettre de bien localiser une très petite lésion ou pour définir les rebords d’une large lésion. Ils seront utiles pour les examens de contrôle ou lors d’une chirurgie.

    La maladie de Paget est particulière : presque tous les cas sont associés à un carcinome in situ ou un carcinome invasif sous-jacent alors que près de la moitié des cas n’auront pas d’anomalies à la mammographie 17. L’investigation devrait donc être poursuivie.

    • 1. Smith, RL, Pruthi, S, Fitzpatrick, LA. Evaluation and management of breast pain. Mayo Clin Proc 2004; 79 :353
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  5. La consultation en spécialité

    Le diagnostic du cancer du sein doit être suivi idéalement d’une consultation à une équipe professionnelle complète du cancer du sein, incluant le chirurgien, l’oncologue, le radio oncologue, quelquefois, le pathologiste et le chirurgien plastique pour une reconstruction possible. On évite ainsi les délais indus et les problèmes de communication, source de grande anxiété pour les patientes.

    Le délai maximal entre le diagnostic de cancer du sein et la visite en spécialité ne devrait pas dépasser 2 semaines 1. Il en est ensuite de la responsatbilité du chirurgien du sein de procéder rapidement à la chirurgie.Chaque 30 jours de délai pour obtenir la chirurgie (time to surgery) ou amorcer la chimiothérapie adjuvante est associé à une réduction légère mais significative de la survie globale 2 3 4 5 6. Ces délais doivent donc être mesurés et servir d'indicateurs de qualité dans le traitement du cancer du sein. Les guides de pratique actuels sont clairs: il n'est pas acceptable de retarder indûment une chirurgie pour obternir par exemple une imagerie complémentaire de type résonance magnétique avant la chirurgie d'un cancer du sein.

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