4. Votre patiente a été traitée pour un cancer du sein : comment la suivre par la suite et reconnaître les recidives si elles se présentent ?

  1. Le soutien psychologique et l’information à donner à la patiente

    Un soutien psychologique peut être proposé à celles qui en ressentiraient le besoin; plusieurs organismes ou établissements impliqués en oncologie offrent ce service. Pour connaître ces ressources, le médecin de famille peut communiquer avec l’infirmière pivot en oncologie de sa région.*

    Documents de référence :
    http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sante/cancer/index.php?documents_reference 
    Intervenant_pivot_en_oncologie.pdf

    Le support et le suivi par le médecin de famille sont importants pour la patiente atteinte d’un cancer du sein compte tenu du fait que ce cancer fait peur et touche à l’image corporelle d’une femme. Un soutien psychologique doit être proposé à celles qui en ressentiraient le besoin. Certains organismes ou établissements impliqués en cancer offrent ce service. Pour connaître ces ressources, le médecin de famille peut communiquer avec l’infirmière pivot en oncologie de sa région.

    Les informations utiles devraient être données à la patiente quant à sa maladie et aux traitements proposés. En raison de sa grande prévalence, il existe un grand nombre de sites de qualité sur le cancer du sein qu’il est impossible de répertorier ici. Les sites Internet de la Société Canadienne de Cancer et de Santé Canada offrent une base d’informations générales 1 2. D’autres sites canadiens, l’Association Québécoise du Lymphœdème, la Fondation du Cancer du sein du Québec et le Réseau canadien sur le cancer du sein offrent aussi des informations utiles localement pour les patientes Québécoises 3 4 5  . Des sites canadiens, anglais, australiens et américains offrent de l’information de qualité 6.

    La Société Canadienne du Cancer propose aux professionnels plusieurs hyperliens utiles pour leurs patientes   7 ou pour eux-mêmes . Le NCI National Cancer Institute et la Société américaine d’oncologie clinique fournissent aussi des informations utiles pour les patientes 8 9. Pour celles qui désirent en connaître plus, le site américain de formation médicale continue Uptodate, offre des informations supplémentaires. Il va de soi que ces informations devront toujours être validées avec l’équipe de spécialistes responsables du patient puisque chaque cas a ses particularités 10.

    Les patientes qui ont été traitées pour un cancer du sein ont souvent de nombreuses questions sur les facteurs de risque de ce cancer et les facteurs de protection contre les récidives. A l'échelle d'une population on sait que le cancer du sein est plus fréquent chez les femmes sédentaires, en surpoids ou obèses, qui consomment plus d'alcool, moins d'aliments végétaux et plus de d'aliments gras. Même si nous ne disposons pas d'évidences robustes pour la survie au cancer du sein, il est recommandé d'aborder cette question des habitudes de vie avec les survivantes du cancer du sein en raison des bénéfices démontrés sur l'incidence en général des cancers et des maladies cardio-vasculaires. Une vie plus active physiquement, une réduction du poids vers des indices normaux et une alimentation riche en produits végétaux devrait faire partie des conseils à ces patientes 11 12 13.

    • 1. Société Canadienne du Cancer - Informations générales sur les cancers : www.cancer.ca
    • 2. Santé Canada : www.hc-sc.gc.ca
    • 3. Association Québécoise du Lymphœdeme : www.infolympho.ca
    • 4. Fondation du Cancer du sein du Québec : www.rubanrose.org
    • 5. Réseau Canadien sur le cancer du sein : www.cbcn.ca
    • 6. Site Canadien Fortes Ensemble : qui offre un répertoire exhaustif de liens internet vers des sites canadiens reconnus, selon la thématique Site Canadien Willow : www.willow.org (link is external) The Canadian Breast Cancer Network : www.cbcn.ca (link is external) Le site canadien Rethink Breast Cancer : www.rethinkbreastcancer.com (link is external) Breast Cancer Now What ?: www.breastcancernowwhat.ca (link is external) Site anglais CancerBack up : www.cancerbackup.org.uk (link is external) Site australien The Breast Cancer Network Australia : www.breastcancer.org (link is external) Oncolink , site américain : www.oncolink.com
    • 7. Société Canadienne du Cancer - Informations spécifiques sur le cancer : http://www.cancer.ca/Quebec/About%20cancer/Types%20of%20cancer/What%20is...
    • 8. NCI : National Institute of cancer – USA. Site américain www.cancer.gov/cancertopics
    • 9. Cancer Net- Société américaine d’oncologie clinique - Informations pour les patients www.plwc.org/portal/site/PLWC
    • 10. Le site américain, en langue anglaise,Uptodate, qui garde à jour des informations basées sur les évidences scientifiques des traitements actuels. Il y un texte spécifique pour chaque cancer www.patients.uptodate.com
    • 11. Pierce JP, Stefanick ML and Flatt SW et al (2007) Greater survival after breast cancer in physically active women with high vegetable-fruit intake regardless of obesity J Clin Oncol 25 2345–2351
    • 12. SmithSL,Singh CarlsonS and DownieL(2011)Survivors of breast cancer:patient perspectives on survivorship care planning J Cancer Surviv 5 337–344
    • 13. Hewitt MG and Ganz PA (2007) Implementing Cancer Survivorship Care Planning Washington DC: The National Academies Press
  2. Les complications spécifiques aux traitements

    Elles sont celles reliées à la chimiothérapie cytotoxique et à la radiothérapie Complications de la chimiothérapie cytotoxique, Complications de la radiothérapie. Mais elles sont aussi celles reliées plus spécifiquement aux thérapies ciblées, aux thérapies anti-HER2,  à la chirurgie et à la thérapie endocrinienne adjuvante ou palliative et les symptômes ménopausiques qui en découlent.

    Plexite brachiale

    La fibrose à long terme du plexus brachial (plexite brachiale) peut survenir, et ce, même des années après le traitement par radiothérapie à ce niveau. La résonance magnétique est l’imagerie médicale la plus apte à différencier la fibrose versus une récidive avec envahissement du plexus brachial. Une animation de Palli-science détaille la présentation clinique de ce syndrome très douloureux. Animation Plexus brachial

    Symptômes de ménopause

    L’omnipraticien aura régulièrement à recevoir les femmes souffrant de symptômes pénibles de ménopause après des traitements endocriniens pour un cancer du sein. L’Association médicale du Canada a émis des recommandations à ce sujet 1. Il n’est pas recommandé d’offrir une hormonothérapie de remplacement aux femmes qui ont été traitées pour un cancer du sein avec des récepteurs positifs ER + PR + en raison du risque augmenté de récidives du cancer du sein 23456789

    Les bouffées de chaleur sont fréquentes et peuvent être pénibles en ménopause, surtout avec les thérapies endocriniennes du cancer du sein . Les principaux traitements non hormonaux recommandés en 1e ligne pour les bouffées de chaleurs sont10:

    • Venlafaxine.

    • Escitalopram.

    • Citalopram.

    • Gabapentine.

    • Clonidine (moins utilisée).

     

    La sécheresse vaginale symptomatique sévère, réfractaire aux traitements standards avec des lubrifiants et des hydratants vaginaux, peut répondre à de petites doses d’œstrogène local à petite dose en crème vaginale une à deux fois par semaine ou sous forme d'anneau vaginal à faible dose d'estradiol.  Le plus souvent le niveau sérique d’œstrogène (estradiol) avec le traitement vaginal à faible dose est soit indétectable, soit négligeable.

    Estrogènes à « faible dose »

    • Comprimé vaginal d'estradiol 10 µg
    • Anneau vaginal libérant une faible dose d'estradiol
    • Crèmes vaginales aux doses minimales efficaces

    Les cliniciens demeurent prudents et n'autorisent des estrogènes à faible dose que lorsque la sécheresse vaginale est sévère, qu'elle ne répond pas aux traitements topiques non hormonaux et que la réponse au traitement vaginal est clairement positive et mérite donc d'être poursuivie 11 12 13 14.

    Les données sont rassurantes pour les patientes sous tamoxifène: les études observationnelles et les méta-analyses ne montrent pas d'augmentation significative du risque de récidive ni de mortalité liée au cancer du sein avec les faibles doses d'estrogènes vaginaux.  Le tamoxifène bloque en effet le récepteur des estrogènes au niveau mammaire, ce qui limite l'impact de la très faible absorption systémique d'un traitement vaginal.

    On doit être plus prudent pour les patientes  sous inhibiteur de l'aromatase (anastrozole, létrozole, exémestane) chez qui des faibles doses d'estrogène vaginal pourraient entraîner une légère augmentation transitoire mais mesurable des concentrations d'estradiol circulant chez certaines patientes. Les données cliniques sont incomplètes, donc la prudence est de mise: ceci devrait faire l'objet d'une décision partagée avec l'oncologue et uniquement pour  les cas sévère et réfractaires 

    En résumé :

    • Les traitements non hormonaux sont recommandés en première intention.
    • Les estrogènes vaginaux à faible dose peuvent être utilisés chez les survivantes d'un cancer du sein  à récepteurs hormonaux positifs lorsque les symptômes persistent et sons sévères malgré les traitements non hormonaux.
    • Chez les femmes sous tamoxifène, iles estrogènes vaginaux à faible dose sont considérés comme acceptables.
    • Chez les femmes sous inhibiteur de l'aromatase, le risque est possible: la décision doit être prise conjointement avec l'équipe d'oncologie.

    Ostéoporose 

    Les femmes traitées pour un cancer du sein ont un risque augmenté de fracture ostéoporotique, quels que soient les traitements reçus et les autres facteurs de risque 15. La ménopause précoce qui peut résulter du traitement du cancer du sein augmente les risques d’ostéoporose à long terme. Le tamoxifène possède une activité anti oestrogénique bénéfique au niveau du sein, mais on ignore  son activité précise au niveau de l’os. Un modulateur sélectif des récepteurs oestrogéniques, le raloxifène, possède des effets agonistes sur les os alors qu’il a des effets antagonistes sur les seins et l’utérus, effets bénéfiques pour les femmes traitées pour un cancer du sein mais il est trop tôt pour proposer cette molécule en prévention ou en traitement de l’ostéoporose chez les femmes traitées pour un cancer du sein 16. Les inhibiteurs de l’aromatase ont un potentiel ostéoporotique démontré 17.

    Le dépistage de l’ostéoporose est donc recommandé de routine chez les femmes qui ont été traitées pour un cancer du sein : mais en pratique on voit le plus souvent les oncologues donner traitement préventif aux biphosphonates oraux, surtout chez les femems dont densité osseuse est abaissée (DMO 2,5 et moins).

    Le lymphoedème du bras

    Il est fréquent après la chirurgie axillaire ou lors de l’envahissement de l’aisselle à fait l’objet jusqu’à maintenant de peu de recherches et de publications alors qu’il est encore relativement prévalent après une mastectomie et source d’inconfort souvent important. Heureusement, avec les nouvelles techniques chirurgicales moins mutilantes et l’analyse du ganglion sentinelle, le risque de lymphœdème est réduit. 15 % environ des femmes en souffriront après un curage axillaire et la radiothérapie locale par la suite, radiothérapie qui ne sera pas effectuée si l’analyse du ganglion est négative. Les diurétiques ne sont pas utiles pour soulager ces patientes. Ces compressions manuelles, pneumatiques ou sous forme de bandages compressifs peuvent aider à contenir et limiter le lymphoedème. L’association québécoise du lymphoedème offre des renseignements à ce sujet 18.

    Effets indésirables des molécules utilisées pour traiter le cancer du sein selon chaque classe

    Effets indésirables possibles des modulateurs sélectifs des récepteurs aux œstrogènes (SERM) comme le Tamoxifène

    • Bouffées de chaleur
    • Sueurs nocturnes
    • Sécheresse vaginale
    • Diminution de la libido
    • Écoulement vaginal
    • Troubles de l'humeur
    • Crampes musculaires
    • Risque accru de thrombose veineuse profonde et d'embolie pulmonaire
    • Risque accru de cancer de l'endomètre (chez les femmes ménopausées)

    Effets indésirables possibles des inhibiteurs de l'aromatase (Anastrozole, Létrozole, Exémestane)

    • Arthralgies qui peuvent être près pénibles 
    • Myalgies
    • Raideur matinale
    • Bouffées de chaleur
    • Fatigue
    • Ostéopénie et ostéoporose
    • Augmentation du risque de fractures
    • Sécheresse vaginale
    • Diminution de la libido

    Effets indésirables des molécules qui dégradent le récepteur des œstrogènes (SERD) comme le Fulvestrant

    • Douleur au site d'injection
    • Bouffées de chaleur
    • Fatigue
    • Arthralgies
    • Nausées
    • Élévation des enzymes hépatiques

    Effets indésirables possibles des inhibiteurs du CDK4/6 comme Abémaciclib, Ribociclib, Palbociclib

    • Neutropénie (surtout palbociclib et ribociclib)
    • Diarrhée (surtout abémaciclib)
    • Fatigue
    • Nausées
    • Infections
    • Alopécie légère
    • Anémie
    • Thrombocytopénie
    • Élévation des transaminases
    • Allongement du QT (ribociclib)
    • Rare pneumopathie interstitielle

    Effets indésirables des thérapies anti-HER2- Anticorps monoclonaux Trastuzumab, Pertuzumab

    • Diminution de la fraction d'éjection ventriculaire gauche qui peut amener une insuffisance cardiaque importante
    • Insuffisance cardiaque le plus souvent réversible à l'arrêt de la médication
    • Diarrhée (plus fréquente avec pertuzumab)
    • Fatigue
    • Éruption cutanée
    • Céphalées

    Les traitements par le trastuzumab tout comme certaines molécules de chimiothérapies cytotoxiques peuvent amener des complications cardiaques sérieuses chez certaines patientes, une insuffisance cardiaque habituellement irréversible. Le suivi de la fonction cardiaque pendant et après le traitement au Trastuzumab est recommandé puisque la molécule peut persister jusqu’à 24 semaines dans la circulation après sa dernière administration. La surveillance de la fonction cardiaque pendant et après le traitement avec le Trastuzumab inclut l’évaluation clinique, un électrocardiogramme et une échographie cardiaque, au début du traitement, puis de façon sériée après la fin du traitement 19.

    Effets indésirables des thérapies anti-HER2 - Inhibiteurs de la tyrosine kinase Tucatinib, Lapatinib, Nératinib

    • Diarrhée (très fréquente avec nératinib)
    • Syndrome main-pied
    • Nausées
    • Vomissements
    • Fatigue
    • Hépatotoxicité
    • Éruption cutanée
    • Stomatite

    Effets indésirables possibles des anticorps conjugés

    1) Anticorps conjugués (ADC) Trastuzumab Déruxtécan

    • Nausées
    • Fatigue
    • Vomissements
    • Neutropénie
    • Alopécie
    • Anémie
    • Pneumopathie interstitielle (effet indésirable majeur nécessitant une surveillance étroite)

    2) Trastuzumab emtansine

    • Fatigue
    • Thrombocytopénie
    • Neuropathie périphérique
    • Élévation des enzymes hépatiques
    • Nausées
    • Épistaxis

    3) Acituzumab govitécan

    • Neutropénie
    • Diarrhée
    • Nausées
    • Fatigue
    • Alopécie
    • Anémie
    • Stomatite

    Effets indésirables possibles des inhibiteurs de PARP comme Olaparib, Talazoparib

    • Anémie
    • Neutropénie
    • Thrombocytopénie
    • Fatigue
    • Nausées
    • Vomissements
    • Diminution de l'appétit
    • Dysgueusie
    • Rare syndrome myélodysplasique ou leucémie aiguë myéloïde

    Effets indésirables possibles de l'immunothérapie pour le cancer du sein, comme Pembrolizumab

    • Fatigue
    • Éruption cutanée
    • Prurit
    • Diarrhée
    • Colite auto-immune
    • Pneumonite
    • Hépatite immune
    • Thyroïdite
    • Hypothyroïdie ou hyperthyroïdie
    • Hypophysite
    • Insuffisance surrénalienne
    • Diabète de type 1 auto-immun (rare)
    • Réactions liées à la perfusion

     

     

    • 1. Holmberg L, Anderson, H. HABITS (hormonal replacement therapy after breast cancer- Is it safe ?); A randomised comparison: trial stopped. Lancet 2004 feb; 7; 363 (9407) : 453-455
    • 2. 6. European Society for Medical Oncology. Clinical Practice Guideline for Breast Cancer Survivorship. Annals of Oncology. 2023–2024.
    • 3. 5. National Comprehensive Cancer Network. NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology: Survivorship. Version 2025.
    • 4. SOGC - Société Canadienne des gynécologues et obstétriciens du Canada. Recours à l’hormonothérapie substitutive après un traitement contre le cancer du sein http://sogc.org
    • 5. 1. HABITS trial. Lars Holmberg, Hans Anderson, et al. Hormonal replacement therapy after breast cancer: is it safe? Randomised comparison between hormone replacement therapy and no hormone replacement therapy after breast cancer.Lancet. 2004;363(9407):453-455.
    • 6. 1. American College of Obstetricians and Gynecologists. Treatment of Urogenital Symptoms in Individuals With a History of Estrogen-Dependent Breast Cancer (Clinical Consensus). 2021
    • 7. 2. Beste ME, et al. Vaginal estrogen use in breast cancer survivors: a systematic review and meta-analysis of recurrence and mortality risks. American Journal of Obstetrics & Gynecology. 2025
    • 8. 3. Santos GML, et al. Vaginal estrogen therapy for treatment of menopausal genitourinary syndrome in breast cancer survivors: systematic review and meta-analysis. 2025.
    • 9. 4. American Urological Association/Society of Urodynamics, Female Pelvic Medicine & Urogenital Reconstruction/American Urogynecologic Society. Genitourinary Syndrome of Menopause Guideline. 2025.
    • 10. 5. National Comprehensive Cancer Network. NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology: Survivorship. Version 2025.
    • 11. SOGC - Consensus Canadien sur le traitement de la ménopause http://sogc.org
    • 12. Melisko ME, Goldman ME, Hwang J, et al. Vaginal testosterone cream vs estradiol vaginal ring for vaginal dryness or decreased libido in women receiving aromatase inhibitors for early-stage breast cancer: a randomized clinical trial. JAMA Oncol. 2016 Nov 10
    • 13. US Food and Drug Administration. FDA approves Intrarosa for postmenopausal women experiencing pain during sex. http://www.fda.gov/NewsEvents/Newsroom/PressAnnouncements/ucm529641.htm
    • 14. Barber, RJ, et al ; IMS recommandations on women’s midlife health and menopause hormone therapy ; Climacteric. 2016 Apr;19 (2):109-50.
    • 15. Chen Z; Maricic M; Bassford TL; Pettinger M; Ritenbaugh C; Lopez AM; Barad DH; Gass M; Leboff MS; Fracture risk among breast cancer survivors: results from the Women's Health Initiative Observational Study. Arch Intern Med 2005 Mar 14;165 (5) : 552-8.
    • 16. SOGC; Conférence canadienne de consensus sur l’ostéoporose, mise à jour 2006. Directives cliniques de la; No 172; février 2006; www.sogc.org
    • 17. Pouillès JM, Ribot C. Cancer du sein et risque d’ostéoporose. Lettre Rhumatologique 2005; 310 : 26-32
    • 18. Association Québécoise du Lymphœdeme; www.infolympho.ca
    • 19. Piccart, MJ et al. Trastuzumab after Adjuvant Chemotherapy in HER2-Positive Breast Cancer; NEJM; 2005; 353; 1659-1672
  3. Le suivi médical pour détecter les récidives et les traitements en spécialité au besoin

    Fiche de détection d’une récidive d’un cancer du sein

    Le cancer du sein est maintenant considéré comme une maladie chronique : il peut récidiver plus de 20 ans après le traitement. La majorité des rechutes, soit 80 %, surviennent dans les cinq premières années. Les taux de survie diminuent au fil des ans, avec une survie relative de 70 % vingt ans après le diagnostic comparé à 88 %  et 82 % 5 et 10 ans après le traitement 1 2.

    La moitié des cancers du sein récidiveront dans les dix années qui suivent le traitement, le quart localement, les autres trois quarts sous forme de métastases. Le médecin de famille est bien placé pour suivre ces patientes et les référer au besoin au spécialiste puisque rares sont les récidives qui surviendront au moment des rendez-vous de suivi de routine en spécialité. En effet, environ 60% des récidives locales ou régionales (ganglions axillaires et sus-claviculaires) se présentent entre les visites prévues 3 4.

    Les soins aux femmes survivantes du cancer comportent 4 facettes : surveillance et dépistage, prise en charge des effets indésirables long terme des traitements, promotion de la santé et coordination des soins 5 6. En effet, une canadienne sur 107 a un diagnostic de cancer du sein posé dans les 10 dernières années, dont la majorité (93%) aux stades I à III: le médecin de famille est donc souvent confronté à ces patientes dans sa pratique quotidienne.

    Le Groupe anglais NICE, l’Association Américaine d’Oncologie Clinique et le Groupe d’Étude Canadienne sur les Soins de Santé Préventifs ont émis des recommandations quant au suivi recommandé après un traitement pour cancer du sein 7 8 9.10. Ils recommandent de revoir régulièrement les patientes essentiellement dans le but de détecter précocement des récidives locales au même sein et à l’autre sein ainsi qu'au adénopathies régionales (axillaires, sus-claviculaires): ce suivi clinique devrait se faire aux 3-6 mois pour 1-3 ans, aux 6-12 mois pour 2 ans puis annuellement 11.

    On recherche au questionnaire des symptômes thoraciques ou aux aisselles et des symptômes métastatiques possibles, au foie, aux poumons, aux os ou au cerveau, les sites les plus fréquents de métastases. L'auto-examen des seins par la patiente est recommandé à la même fréquence, qui doit être avisée de consulter sans délai en cas d'anomalies.

    Le dépistage des autres cancers doit être fait comme pour la population en général (cancer colorectal, cancer du col utérin). On encourage l'arrêt du tabac et une saine alimentation associée à une perte de poids si présence d'obésité (facteur de risque de cancer). Le dépistage de l'ostéoporose aux 2-3 ans par une densité osseuse est recommandé, surtout si la patiente est sous traitement hormonal.

    On recherche des complications des traitements, dont le lymphoedème au bras, la fatigue, l'anxiété, la dépression, l’insuffisance cardiaque et les symptômes de privation estrogénique (chaleurs, atrophie génitale, difficultés sexuelles) 12 13.

    Des évidences (niveau III) semblent démontrer un avantage pour les patientes à se faire examiner régulièrement ainsi : l’examen physique des seins et des aires ganglionnaires axillaires et sus-claviculaires, associé à une mammographie annuelle fait donc l’objet de consensus 14. Par contre, la résonance magnétique ne doit pas être utilisée de routine mais elle peut être utile pour caractériser une image suspecte à la mammographie dans un sein irradié. Il n'est pas utile non plus de procéder à une recherche agressive (imagerie, prises de sang) de possibles métastases asymptomatiques puisque cette recherche n'améliore pas la survie des patientes. Ceci doit être expliqué aux patients inquiètes 15.

    L’examen physique inclut l’examen gynécologique habituel (aux 2 ans) mais de façon plus rapprochée si la patiente a reçu du tamoxifène: aux 3 à 6 mois pour les trois premières années, puis aux 12 mois à vie par la suite.

    Les examens de mammographies annuelles sont débutés habituellement un an après la chirurgie initiale.

    La patiente devrait être au courant des signes et symptômes à surveiller pour lesquels elle devrait communiquer avec son médecin sans délai : douleur, inconfort ou nouvelle masse au sein ou à l’aisselle, nodules cutanés au thorax douleurs au dos, au thorax ou à l’abdomen, céphalées nouvelles ou persistantes, perte de poids, faiblesse, toux et dyspnée, symptômes neurologiques focaux de possibles métastases cérébrales Exemples de cancer du sein selon le stade

    De façon pratique, la patiente devrait savoir qui contacter sans délai à l’apparition de signes ou symptômes nouveaux. L’infirmière pivot en oncologie et le médecin de famille sont les deux professionnels en première ligne faciles à rejoindre. Le médecin de famille devrait vérifier si le nouveau symptôme est de nature possiblement cancéreuse ou non. Il devrait ensuite procéder rapidement à l’investigation nécessaire et contacter le spécialiste si la récidive est confirmée ou possible. Ce dernier complètera alors l'investigation et vérifiera si la patiente pourrait recevoir un traitement, même non curatif, dans l’optique de préserver le plus longtemps possible sa qualité de vie.

    Les omnipraticiens sont confrontés relativement souvent à des cas de cancers du sein métastatiques, souvent chez des femmes âgées ou frêles. Ils ne doivent pas hésiter à référer ces patientes au spécialiste. En effet le gain médian de survie peut être significatif dans les cas de cancers métastatiques dont les récepteurs hormonaux (ER, PR) sont positifs mais HER2 négatif: on peut offrir alors un Traitement endocrinien seul ou associé à une thérapie ciblées avec un inhibiteur CDK4-6. 

    En effet, la thérapie endocrinienne peut être une option efficace pour celles dont les récepteurs hormonaux (ER, PR)  sont positifs, et ce, même si la possibilité d’une rémission pathologique complète est inférieure à celle qui aurait été procurée par la chimiothérapie 16. La réponse à ces agents devrait être évaluée après 3 mois : si la tumeur est stable ou même plus petite, on les poursuit. Si la tumeur progresse, les patientes sous tamoxifène peuvent passer aux inhibiteurs de l’aromatase ou vice-versa. Tableau XII

    Les patientes non ménopausées traitées pour un cancer du sein qui désirent une méthode contraceptive réversible devraient se voir proposer en premier lieu le stérilet cuivré ou des méthodes barrières comme le condom ou le diaphragme. Il n’y a pas de données disponibles pour garantir la sécurité des femmes qui utiliseraient une méthode contraceptive progestative après un traitement pour un cancer du sein, même pour les stérilets hormonaux. La Société des Gynécologues et Obstétriciens Canadiens a donc émis la recommandation de ne proposer ces méthodes qu’en dernier recours, lorsque les bénéfices l’emportent sur les risques théoriques, en informant bien les patientes de ceci 17.

     

    Traitement du cancer du sein métastatique 

    Le Tableau Traitements du cancer du sein- Classes médicamenteuses et mode d'action résume les nombreuses molécules utilisées maintenant pour traiter les différents sous-types de cancers du sein, que ce soit en 1e ligne, lors d'une progression ou au stade métastatique. 

    La réponse au traitement dépend fortement du sous-type moléculaire du cancer du sein métastatique. Contrairement à ce qui était observé il y a 20 ans, plusieurs traitements modernes permettent aujourd'hui des gains de survie globale de plusieurs mois à plusieurs années, particulièrement dans les cancers HER2+. C'est la raison pour laquelle les oncologues considèrent quelquefois le cancer du sein métastatique comme une "maladie chronique" en raison de la réponse prolongée possible aux traitements oncologiques. 

    La survie du cancer du sein métastatique varie considérablement selon le sous-type biologique de la tumeur, l'accès aux traitements modernes et la réponse thérapeutique. Les chiffres ci-dessous correspondent aux données observées à l'ère des thérapies ciblées18192021.

    Cancer du sein ER+/HER2− (récepteurs hormonaux positifs, HER2 négatif, 70% des cancers du sein )

    • Meilleur pronostic parmi les cancers métastatiques
    • Survie médiane : environ 50 à 70 mois.
    • Plusieurs patientes vivent plus de 8 à 10 ans avec les traitements actuels.
    • Les inhibiteurs de CDK4/6 associés à l'hormonothérapie ont considérablement amélioré la survie.

    Cancer du sein HER2+ (quel que soit le statut hormonal)

    • Pronostic fortement amélioré depuis l'arrivée des traitements anti-HER2.
    • Survie médiane : environ 55 à 75 mois.
    • Certaines patientes dépassent maintenant 10 ans de survie.
    • Les anticorps conjugués (ADC) et les nouvelles thérapies anti-HER2 continuent d'améliorer les résultats.

    Cancer du sein ER+/HER2+

    • Excellent pronostic grâce à la combinaison d'hormonothérapie et de traitements anti-HER2.
    • Survie médiane souvent supérieure à 6 ans.
    • Plusieurs patientes présentent une maladie chronique contrôlée pendant de nombreuses années.

    Cancer du sein ER−/HER2+

    • Pronostic meilleur que le triple négatif grâce aux traitements anti-HER2.
    • Survie médiane d'environ 50 à 65 mois.

    Mutation BRCA1 ou BRCA2

    • Le pronostic dépend surtout du sous-type tumoral.
    • Les inhibiteurs de PARP améliorent la survie sans progression et prolongent le contrôle de la maladie chez les patientes porteuses d'une mutation germinale.

    Cancer du sein triple négatif (ER−, PR−, HER2−)

    • Sous-type le plus agressif.
    • Survie médiane : environ 12 à 24 mois.
    • En présence d'une expression de PD-L1 ou d'une mutation BRCA, l'immunothérapie ou les inhibiteurs de PARP peuvent améliorer la survie.
    • Les nouveaux ADC (par exemple le sacituzumab govitécan) prolongent également la survie chez plusieurs patientes.

     

    La survie médiane globale à partir du début du traitement pour un cancer du sein métastatiques varie grandement selon le sous-type:

    - ER+/HER2 -: 5 à 7 ans 

    - HER2 + : 5 à 8 ans, parfois plus de 10 ans 

    - HER2 low traité par ADC (chimiothérapie avec anticorp monoclonal): 2 à 4 ans 

    - Triple négatif PDL1 - : 12 à 18 mois 

    - Triple négatif PDL1 + (traitable avec immunothérapie inhibitrice PD1 et chimiothérapie): 24 à 30 mois. Les deux agents d'immunothérapie les plus souvent utilisés sont le Pemblolizumab et le Atezolizumab. 

     

    Le clinicien de 1e ligne va donc rencontrer souvent dans sa pratique des patientes avec un cancer du sein métastatique ou qui progresse en relativement bonne condition générale sous des thérapies complexes qui n'étaient pas d'usage courant il y a plus de 20 ans. 

    Le traitement d'un cancer du sein métastatique dépend principalement :

    - Du profil biologique de la tumeur (ER, PR, HER2) ;

    - De la présence ou non d'une mutation (p. ex. BRCA1/2, PIK3CA, ESR1, autre) ;

    - Des sites métastatiques (os, foie, poumon, cerveau) ;

    - Des traitements déjà reçus ;

    - De l'état général de la patiente.

    L'objectif est généralement de prolonger la survie, contrôler les symptômes, maintenir la qualité de vie et retarder la progression de la maladie.

     

    Les éléments ci-dessous résument les principaux axes de traitement des cancers du sein avancés. 

    1) Cancer du sein HR + HER2 - : Hormonothérapie et inhibiteur CDK4-6, puis au besoin selon l'évolution une chimiothérapie et une thérapie ciblée : C'est le sous-type de cancer du sein métastatique qui bénéficie du plus grand choix de thérapies ciblées.

     

    2) Cancer du sein HER2 +: double thérapie antiHER2 et chimiothérapie, auxquels on pourra rajouter au besoin des anticorps conjugués

    Les anticorps conjugués, une forme de thérapie ciblée ont transformé le traitement du cancer du sein métastatique HER2+  Ils combinent un anticorps dirigé contre HER2 avec un agent cytotoxique, permettant de délivrer la chimiothérapie directement aux cellules tumorales exprimant HER2. (trastuzumab emtasine/TDM1, trastuzumab deruxecan/TXd)

     

    3) Cancer du sein triple négatif: chimiothérapie avec immunothérapie si biomarqueur PD-L1 positif

    L'immunothérapie occupe une place beaucoup plus limitée dans le cancer du sein que dans le mélanome ou le cancer du poumon. Elle est principalement indiquée dans certains cancers du sein triples négatifs, surtout ceux métastatiques, et dans quelques tumeurs présentant des anomalies moléculaires particulières et rares  (MSI-H/dMMR ou TMB élevé):

    - Pembrolizumab, anticoprs monoclonal anti PD1

    - Atézolizumab, anticorps monoclonal anti PD1

     

    La complexité de ces traitements implique un travail étroit avec les équipes d'oncologie et le pharmacien communautaire en raison des nombreux effets indésirables possibles et quelquefois sérieux associés à chacune de ces molécules. Il ne faut pas hésiter à les contacter lorsqu'une patiente sous thérapie ciblée, immunothérapie, thérapie endocrinienne ou traitement anti-HER2 se présente en clinique avec des problèmes nouveaux de santé. 


     

    Tableau XII -

    Recommandations simplifiées de traitements pour le cancer du sein métastatique HER 2 négatif.

    Femmes post ménopausées avec récepteurs œstrogéniques/progestatifs positifs ER + PR +

    • Inhibiteurs de l’aromatase d’emblée si non essayés encore ou cessés depuis plus de 12 mois, ou Tamoxifène d’emblée
    • Si progression sous inhibiteurs de l’aromatase : tamoxifène
    • Si progression sous inhibiteur de l’aromatase et tamoxifène, des molécules de troisième ligne peuvent être tentées
    • Si progression rapide et selon la localisation des métastases, chimiothérapie cytotoxique d’emblée

    Femmes pré ménopausées avec récepteurs oestrogéniques/progestatifs positifs ER + PR +

    • Agoniste de la LHRH et tamoxifène ensemble ou séquentiels
    • Échec après tamoxifène : suppression ovarienne (ovariectomie bilatérale ou agonistes de la LHRH) sinon inhibiteur de l’aromatase ?
    • Échec après suppression ovarienne et tamoxifène : inhibiteur de l’aromatase

    Femmes dont les récepteurs hormonaux sont négatifs

    • Chimiothérapie systémique si possible.
    • Biphosphonates pour toute femme avec métastases osseuses lytiques, surtout si symptomatiques

     

     

    Le traitement du cancer du sein localement avancé et du cancer inflammatoire représente un défi : ces deux cancers sont pour la plupart considérés comme inopérables, avec un risque de métastases et de récidives locales très élevé. Grâce à la chimiothérapie néo adjuvante, il est maintenant possible de réduire le volume de certains cancers volumineux du sein pour procéder ensuite à la chirurgie.

    La combinaison de la radiothérapie et de la chirurgie améliore le contrôle local dans certains cas, mais améliore relativement peu la survie à 5 ans.

    On procède maintenant, lorsque c’est possible, à une chimiothérapie d’induction suivie, lorsque possible, d’un traitement locorégional (radiothérapie et/ou chirurgie) et d’une thérapie hormonale lorsque les récepteurs sont positifs.

    On réserve le traitement hormonal néo adjuvant seul aux femmes plus âgées frêles ou celles qui refusent les traitements plus agressifs 22. Pour les femmes avec des récepteurs HER-2 positifs, il est recommandé de leur proposer le trastuzumab.

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    • 21. 5. National Comprehensive Cancer Network. NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology: Survivorship. Version 2025.
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  4. Le rôle du médecin de famille lors de l’évolution palliative

    Toute patiente avec un cancer du sein nouvellement diagnostiqué devrait avoir un suivi par un médecin de famille, étant donné l’espérance de vie de ces femmes qui survivront en majorité à ce cancer ou, pour celles avec un cancer avancé ou métastatique, qui y survivront peut être quelques années.

    Le rôle du médecin de famille lors de l’évolution palliative du cancer du sein est important : il doit savoir contrôler la douleur chez ces patientes ainsi que les autres symptômes.

    Il doit pouvoir visiter sa patiente à domicile lorsque les déplacements deviennent difficiles ou référer sinon sa patiente à un médecin qui pourra le faire. Les analgésiques opiacés et non opiacés demeurent la pierre angulaire du traitement palliatif chez les patientes souffrantes, à l’exception des métastases osseuses uniques qui peuvent très bien répondre à une radiothérapie antalgique 1 Mini-guide «Palli-Science».

    La patiente en relativement bonne condition générale Annexe 9 - Statut de performance avec une récidive loco régionale ou des métastases pourrait être référée en spécialité pour un possible traitement, car nombreuses sont les patientes pour qui un traitement oncologique permettra une prolongation de leur vie avec qualité. Voir plus haut les traitements oncologiques possibles pour un cancer du sein métastatique (thérapies ciblées, thérapies anti HER2, immunothérapies, radiothérapie et thérapies endocriniennes). L'efficacité significative de ces traitements pour plusieurs patientes (prolongation de la vie de plusieurs mois à années) a complètement changé le suivi en phase palliative du cancer du sein.

     

    Traitements des cancers métastatiques du sein et survie médiane selon le type de cancer du sein 



    Sous-type moléculaire

    Survie médiane actuelle approximative

    ER+/HER2−

    5–7 ans

    HER2+

    5–8 ans, parfois >10 ans

    Triple négatif PD-L1−

    12–18 mois

    Triple négatif PD-L1+ (immunothérapie avec chimio)

    24–30 mois

    HER2-low traité par ADC

    (anticorps monoclonaux + chimio)

    2–4 ans

     

    Les cliniciens en 1e ligne sont maintenant confrontés à des nouvelles molécules complexes comportant des effets indésirables différents de ceux de la chimiothérapie cytotoxique (voir plus haut, effets indésirables des principales molécules utilisées pour traiter le cancer du sein): il faut donc travailler en équipe avec l'équipe d'oncologie tant que l'état général de la patiente est bon et que celle-ci désire continuer les traitements oncologiques. Pour plusieurs femmes ces traitements seront donnés pendant des années malgré la présence de métastases ce qui transforme le cancer du sein métastatique en "maladie chronique" pour certaines. 

    Les patientes en fin de vie et celles avec une très courte espérance de vie recevront plutôt un traitement orienté vers les soins de confort. Pour les cas intermédiaires, il est impossible actuellement de formuler des recommandations uniformes; on doit procéder cas par cas, avec l’aide de l'oncologue. 

    La radiothérapie peut être offerte en palliatif pour le soulagement des symptômes locaux (tumeur thoracique volumineuse, adénopathie axillaire douloureuse) ou à distance comme des métastases cérébrales, le syndrome de la veine cave supérieure, la compression médullaire et une douleur de métastase osseuse.

    La radiothérapie est souvent administrée sur le résidu mammaire après une mastectomie partielle (radiothérapie adjuvante), après une chirurgie avec 1 à 3 ganglions positifs selon les facteurs de risque, en remplacement du curage axillaire avec une atteinte limitée des ganglions sentinelles. 

    Mais elle est utile aussi en palliatif pour contrôler des nodules thoraciques néoplasiques en croissance ou pour contrôler des adénopathies axillaires en croissance douloureuses

    Envahissement du plexus brachial par une adénopathie métastatique

    Les manifestations cliniques dépendent de la portion du plexus brachial atteinte (troncs supérieur, moyen, inférieur ou atteinte diffuse), ainsi que du degré de compression ou d'infiltration tumorale:

    • Douleur intense de l'épaule, sus-claviculaire ou axillaire.
    • Douleur neuropathique (brûlure, choc électrique, élancements, coups de poignards, allodynie)
    • Paresthésies (fourmillements, picotements, engourdissements)
    • Douleur irradiant vers l'avant-bras, le bras, la main et les doigts selon les racines atteintes 
    • Douleur souvent plus importante la nuit
    • Perte de sensibilité du bras ou de la main 
    • Faiblesse progressive du bras touché : fatigabilité, perte de dextérité, sensation de bras lourd, difficulté à saisir les objets, a lever le bras

    Signes à l'examen physique selon les racines atteintes du plexus brachial

    On recherche une perte de sensation, une faiblesse musculaire, une hypotonie, une perte des réflexes ostéotendineux. On recherche une masse axillaire ou claviculaire, de la douleur à ce niveau, un lymphoedème du bras et une perte de mobilité 

    Tronc supérieur (C5–C6)

    • Douleur de l'épaule.
    • Faiblesse de l'abduction de l'épaule.
    • Faiblesse de la rotation externe.
    • Faiblesse de la flexion du coude.
    • Perte du réflexe bicipital 
    • Perte du réflexe styloradial

    Tronc moyen (C7)

    • Faiblesse de l'extension du coude.
    • Faiblesse de l'extension du poignet et des doigts.
    • Perte du réflexe tricipital 

    Tronc inférieur (C8–T1)

    • Douleur irradiant vers le bord cubital de l'avant-bras.
    • Engourdissement du 4e et du 5e doigts.
    • Faiblesse des muscles intrinsèques de la main.
    • Diminution importante de la force de préhension.
    • Amyotrophie interosseuse.

    Le traitement de l'envahissement du plexus brachial23

    La radiothérapie est la base du traitement pour tenter de préserver la fonction du bras, de réduire la compression du plexus et soulager la douleur, en plus des analgésiques opiacés et coanalgésiques pour douleur neuropathique

    La radiothérapie locale est souvent très utile456. Selon la dose reçue (il y a un maximum qui peut être donné à un endroit précis), le site impliqué et le délai de traitement,  la radiothérapie pourra ou non être répétée au même site. On ne peut pas dépasser la dose maximale par site traité par radiothérapie, car le traitement ne sera alors pas efficace et il y aura un risque élevé de toxicité sur les tissus locaux avec ouverture cutanée et plaie profonde quelque fois jusqu'aux côtes. 

    La radiothérapie peut être utilisée pour les métastases aux poumons et certains les cas d’infiltration de la moelle osseuse à partir d’un cancer du sein 7.

     

    Le traitement systémique constitue aussi le pilier du traitement: le choix en fonction du sous-type biologique de la tumeur.Une bonne réponse systémique peut diminuer le volume ganglionnaire et réduire la compression du plexus.

    • ER+/HER2− : hormonothérapie,  ± inhibiteur de CDK4/6.
    • HER2+ : traitement anti-HER2,  associé ou non à une chimiothérapie.
    • Triple négatif PD-L1+ : immunothérapie + chimiothérapie.
    • Triple négatif PD-L1− : chimiothérapie

    La radiothérapie est le traitement local de choix si douleur neuropathique importante, déficit moteur ou sensitif, compression avérée (IRM) du plexus brachial, récidive ganglionnaire axillaire ou sus-claviculaire avérée. On administre habituellement 20 Gy en 5 fractions ou 30 Gy en 10 fractions. 

    Le traitement systémique et la radiothérapie permettent de soulager 60 à 80% des patientes, avec une récupération neurologique partielle si le traitement est administré rapidement. La chirurgie est rarement indiquée : seulement si une résection complète est possible pour une maladie localisée. Ceci est rare en raison des risques élevés de séquelles neurologiques 

     

    La radiothérapie axillaire est un traitement standard du cancer du sein avec adénopathies métastatiques symptomatiques, en traitement adjuvant, comme alternative au curage axillaire ou à visée palliative.

    Effets indésirables en aiguë de la radiothérapie à l'aisselle (pendant le traitement ou dans les semaines suivantes)

    • Érythème cutané
    • Dermatite radique avec desquamation, avec ou sans écoulement 
    • Douleur axillaire, sensation de brûlure cutanée
    • Œdème (transitoire ou persistant) du bras.
    • Douleur à l'épaule , douleur musculaire avec perte de mobilité habituellement transitoire
    • Perte de pilosité aisselle
    • Hyperpigmentation cutanée.

    Complications tardives de la radiothérapie à l'aisselle

    • Lymphœdème du bras 
    • Fibrose cutanée et sous-cutanée qui augmente le risque de plaie, surtout si lymphoèdeme, induration des tissus
    • Fibrose des tissus mous axillaires avec raideur et inconfort avec perte amplitude des mouvements de l'épaule
    • Thrombose veineuses rares mais possibles 
    • Douleur chronique axillaire qui peut être somatique (cutanée, osseuse, musculaire) ou neuropathique (plexopathie brachiale radique  heureusement rare, moins de 1% des cas  avec les techniques modernes de radiothérapie)
    • Atrophie musculaire locale, faiblesse musculaire possible mais rare 
    • Paresthésies du bras, hypoesthésie, douleur neuropathique chronique 

    Complications pulmonaires lorsque la radiothérapie touche l'apex pulmonaire 

    • Pneumonite radique, moins intense que celle d'une radiothérapie pulmonaire pour un cancer du poumon
    • Fibrose pulmonaire focale de l'apex pulmonaire avec toux sèche et dyspnée légère 

    A noter que l'atteinte cardiaque est rare avec les nouvelles techniques de radiothérapie: faible augmentation des cardiopathies ischémiques des années après le traitement 

    Risque de lymphœdème selon le traitement axillaire 

    • Radiothérapie seule de l'aisselle : 8-15%
    • Curage axillaire seul : 15-25%
    • Curage axillaire + radiothérapie axillaire :25-40%, patientes à haut risque 

     

    Le lymphoedème

    Le lymphoedème d'un bras est fréquent en fin de vie de cancer du sein lorsque récidives ou progression thoracique et axillaire. Il provoque des lourdeurs pénibles, une perte de mobilité du bras, une douleur et une limitation fonctionnelle, 

    Le traitement compressif par manchon (bras) et gantelet (main) constitue la pierre angulaire du traitement d'entretien du lymphœdème du membre supérieur après un cancer du sein. Son efficacité (partielle tout au plus) est démontrée, surtout lorsqu'il est assidu. On vise une réduction des symptômes et du volume du bras pour améliorer la fonctionnalité. 

    Les manchons de compression  ne font pas de miracle mais ils sont utiles lorsque bien utilisés et de façon régulière: ils réduisent de 10 à 40% le volume du bras. On les recommande surtout pour réduire le risque d'aggravation du lymphoedème. Ils sont plus efficaces si utilisés tôt et lorsque l'oedème n'est pas sévère. Idéalement on les associe à des visites régulières en cliniques spécialisées en lymphoedème pour des drainages lymphatiques manuels. Le manchon est pour le bras. On réserve le gantelet aux mains/doigts qui sont enflés, pour améliorer la préhension et prévenir une détérioration de la perte fonctionnelle.

    Sans gantelet, la compression du bras par un manchon seul peut parfois favoriser une accumulation de liquide dans la main: on recommande alors de porter les deux vêtements de compression. 

    Les niveaux de compression recommandés sont:8

    Classe 1 (20–30 mmHg)

    • lymphœdème léger;
    • prévention;
    • utilisation prolongée.

    Classe 2 (30–40 mmHg)

    • lymphœdème modéré;
    • le plus souvent prescrite en pratique.

    Classe 3 (> 40 mmHg)

    • rarement nécessaire;
    • réservée aux cas sévères et prescrite par une équipe spécialisée.

    En pratique, recommandations 9:

    • Prévention des infections du membre supérieur.
    • Traitement rapide de toute cellulite.
    • Surveillance du volume du bras et compression rapide précoce à la moindre asymétrie
    • Porter le manchon durant les heures d'éveil;
    • Le retirer la nuit (sauf indication particulière);
    • Le remplacer tous les 4 à 6 mois, car l'élasticité diminue avec le temps.

    Le traitement compressif10 :

    • Ne guérit pas le lymphœdème;
    • Nécessite une utilisation régulière;
    • Est moins efficace en présence d'une fibrose importante;
    • Peut être difficile à enfiler, surtout chez les personnes âgées ou ayant une arthrose.
    • Prise des mesures par un thérapeute formé
    • Vêtement compressif ajusté individuellement

     

    Les métastases cérébrales se manifestent par: 

    - Céphalées.
    - Convulsions.
    - Troubles cognitifs.
    - Déficits neurologiques focaux.
    - Troubles de l'équilibre.
    - Nausées et vomissements secondaires à l'hypertension intracrânienne.

    Les traitements possibles sont les suivants: 

    •La dexaméthasone à court terme pour réduire l'oedème péri-tumoral
    •La radiothérapie cérébrale, la radiothérapie par stéréotaxie  ou  "Gamma Knife"
    •Une neurochirurgie chez certaines patientes avec une seule tumeur (rare)
    •Des anti-convulsivants à prendre régulièrement après une première crise convulsive

    Radiothérapie stéréotaxique 

    La radiothérapie stéréotaxique est une technique de radiothérapie extrêmement précise qui se sert de l'imagerie tridimensionnelle avec un repérage stéréotaxique. Cette technique à l'avantage d'administrer une très forte dose sur une cible très localisée et d'épargner les tissus sains environnants. On la divise en deux types: 

    • La radiothérapie stéréotaxique intracrânienne ("SRS : Stereotactic Radiosurgery" en anglais)
    • La radiothérapie stéréotaxique extracrânienne ("SBRT ou SABR : Stereotactic Body Radiation Therapy" en anglais )

    Le Gamma Knife est une technologie particulière de radiothérapie stéréotaxique utilisée pour les lésions intracrâniennes: des faisceaux de cobalt-60 convergent vers une seule cible. Le terme "knife" est donc inexact puisqu'on ne fait pas de chirurgie. 

    LCyberKnife est un accélérateur linéaire robotisé capable de suivre les mouvements respiratoires qui peut traiter le cerveau mais aussi d'autre parties du corps. 

     

    Les métastases osseuses sont fréquentes avec le cancer du sein. Elles se manifestent par: 

    - Des douleurs osseuses persistantes ou progressives, pire avec la mise en charge de l'os touché.
    - Une fracture pathologique.
    - Une compression médullaire avec risque de paralysie si le patient n'est pas traité rapidement (chirurgie, dexaméthasone, radiothérapie)
    - Une hypercalcémie maligne.

    Les traitements possibles des métastases osseuses du cancer du sein sont: 

    • Les antalgiques incluant un corticoïde (dexaméthasone) à court terme, des anti-inflammatoires si tolérés et des opiacés 
    •Une radiothérapie osseuse unique (ou 3 doses) à visée antalgique: celle-ci est une priorité en radiothérapie donc rapidement disponible
    •Un bisphosphonate oral ou IV  (acide zolédronique) ou dénosumab.
    •Une chirurgie orthopédique si fracture ou risque élevé de fracture pathologique 
    •Corticothérapie et radiothérapie (et/ou chirurgie) en cas de compression médullaire.
     
    Les biphosphonates intraveineux ou oraux sont utiles pour traiter les métastases osseuses du cancer du sein : ils peuvent améliorer de façon significative la qualité de vie de ces patientes 11. Ils devraient être envisagés pour certains cas de cancer du sein métastatique osseux symptomatiques avec une espérance de vie possiblement prolongée en raison de leur efficacité et de la réduction des hospitalisations pour fractures pathologiques : des critères de sélection précis existent à ce sujet. On priorise les patientes dont les douleurs osseuses n’ont pas répondu à l’hormonothérapie et qui n’ont pas de métastases ailleurs et pour les patientes avec une atteinte osseuse multifocale, les lésions uniques pouvant être traitées par radiothérapie. De plus, les traitements endocriniens du cancer du sein, surtout après la ménopause, augmentent le risque d'ostéoporose: il faut donc discuter de la possible prévention de cette ostéoporose par des bisphosphonates oraux avec l'oncologue. 

    Les métastases pulmonaires ne sont pas rares avec le cancer du sein. Elles se manifestent par:

    - De la dyspnée.
    - Une toux persistante.
    - Un épanchement pleural malin.

    Traitement: 

    Les opioïdes sont utiles pour soulager la dyspnée: on les prescrit comme pour une douleur.

    Une oxygénothérapie peut aider en présence d'hypoxémie sur une atteinte pulmonaire sévère.

    Dans le cas d'épanchement il ne faut pas hésiter à proposer à la patiente une  ponction évacuatrice en pneumologie, une pleurodèse avec un cathéter laissé en place, tunnelisé, si l'épanchement est important et rapidement récidivant.

    Selon le cas on pourra proposer une radiothérapie pulmonaire ou un traitement oncologique (chimiothérapie, thérapie endocrinienne, thérapie antiHER2, immunothérapie) selon les récepteurs tumoraux. 

     

    Manifestations visibles et pénibles du cancer du sein 

    L'envahissement thoracique par un cancer du sein est une manifestation particulièrement pénible car visible et souvent malodorante. On peut retrouver une masse mammaire douloureuse, des ulcérations tumorales de la peau qui communiquent avec les tissus sous-cutanés, des écoulements abondants et quelquefois malodorants en raison de la nécrose, des infections thoraciques. 

    - Les plaies thoraciques néoplasiques massives ou d’aspect fongoïde (le cancer du sein peut se comporter comme un cancer cutané agressif, les cancers inflammatoires surtout): pansements adaptés 

    - Les récidives locales de cancer sur la plaie post-opératoire (radiothérapie , thérapie systémique sinon pansements protecteurs)

    - Les tumeurs axillaires douloureuses car proches du plexus brachial avec possible envahissement de celui-ci (radiothérapie axillaire, thérapie systémique)

    - Les nodules thoraciques métastatiques qui peuvent devenir une source de graves déformations esthétiques et de grandes souffrances physiques (radiothérapie, thérapies systémiques)

    Les traitements possibles sont les suivants: 

    •Des pansements adaptés à discuter avec l'infirmiere à domicile, l'infirmière spécialisée de l'hôpital en plaies complexes (stomothérapeute). 
    •Le métronidazole topique est efficace pour contrôler les odeurs.
    •On doit donner des antibiotiques au moindre soupçon d'infection
    •La radiothérapie palliative en surfance est une option à discuter avec le radio oncologue 
    •Hémostase locale si saignement (pansement à base d'alginate, cautérisation avec nitrate d'argent, cautérisation en clinique de chirurgie, Cyklokapron topique ou oralement si le saignement est important)

     

     

     

     

     

    • 1. Miniguide de Palli-Science ; www.maisonvictor-gadbois.com (link is external). Produit par la maison Victor Gadbois; Saint Mathieu de Beloeil; ce guide de thérapeutique en soins palliatifs est mis à jour annuellement
    • 2. European Society for Medical Oncology. Cardoso F, et al. Metastatic Breast Cancer: ESMO Clinical Practice Guideline. Annals of Oncology. 2024.
    • 3. National Comprehensive Cancer Network. Breast Cancer. Clinical Practice Guidelines in Oncology
    • 4. National Comprehensive Cancer Network. Central Nervous System Cancers et Breast Cancer Guidelines
    • 5. European Society for Radiotherapy and Oncology. ESTRO Guidelines on Stereotactic Radiotherapy.
    • 6. American Society for Radiation Oncology. Clinical Practice Guidelines on Stereotactic Body Radiotherapy (SBRT).
    • 7. Hoskin Peter, Makin Wendy. Oncology for Palliative Medicine; Oxford Press 2003; Chapitre 9 : Breast Cancer; pp 111
    • 8. • International Society of Lymphology. The Diagnosis and Treatment of Peripheral Lymphedema: 2023 Consensus Document. Lymphology. 2023.
    • 9. National Comprehensive Cancer Network. Survivorship Guidelines (version 2025) – prise en charge du lymphœdème
    • 10. Multinational Association of Supportive Care in Cancer. Clinical practice recommendations for cancer-related lymphedema. Supportive Care in Cancer. 2024.
    • 11. Hoskin Peter, Makin Wendy. Oncology for Palliative Medicine; Oxford Press 2003; Chapitre 9 : Breast Cancer; pp 109